Pôle Politique et société

La permanence des crises institutionnelles, économiques, financières, environnementales, migratoires ou européennes transforment la manière dont nos sociétés et régimes politiques fonctionnent. Certains de ces effets sont marginaux ou conjecturels, mais d’autres induisent de véritables transitions de nos modèles de société sur le long terme. Le pôle de recherche « politique et société » étudie la manière dont ces transitions affectent les régimes politiques et les citoyens et citoyennes (en tant qu’individus et en tant que groupes constitutifs d’une société, qu'ils soient politiquement organisés et/ou reconnus ou non). Ce pôle rassemble des chercheurs et des chercheuses travaillant sur les transitions territoriales de l’État dans un contexte de gouvernance multiniveau, les transitions démocratiques des régimes représentatifs et les transitions philosophiques des sociétés.

Transitions territoriales de l'État et gouvernance multiniveau

À partir du 17e siècle, l'État-nation moderne a été envisagé comme l'unité territoriale la plus appropriée à l’exercice de la souveraineté politique. Depuis le milieu du 20e siècle, deux mouvements – ‘par le bas’ et ‘par le haut’ – redéfinissent toutefois les espaces territoriaux de l’action politique. Ces transitions territoriales font partie des changements les plus importants de la vie politique moderne. D’une part, par le bas, des unités territoriales sous-nationales (Région, Communauté, Länder, Canton, …) disposent aujourd’hui de pouvoirs élargis comparables aux États, y compris dans la conduite des affaires internationales. D’autre part, par le haut, le processus d'intégration européenne a créé – et continuellement renforcé – le niveau d’action supranationale pour les États membres de l’Union Européenne : le Parlement européen, le Conseil et la Commission possèdent désormais des compétences élargies ayant un impact direct sur la vie des citoyen.ne.s. Toutefois, ce processus d’intégration européenne est désormais menacé par plusieurs défis, tels que le Brexit ou les crises financières, environnementales et sanitaires. Le pôle de recherche « politique et société » étudie la manière dont les institutions (nationales, régionales et européennes) et leur personnel politique s’adaptent à ces nouveaux enjeux sociétaux.

Transitions démocratiques des régimes représentatifs

Au cours des dernières décennies, les démocraties libérales représentatives ont été de plus en plus contestées par les électeur.rice.s, les chercheur.se.s et les observateur.rice.s de la vie politique vu leurs difficultés – voire incapacités – à faire face aux transformations de nos sociétés. Parmi ces diverses causes, le pôle de recherche « politique et société » étudie plus particulièrement la tendance à la personnalisation de la politique : processus par lequel les électeurs et électrices s’intéresseraient désormais davantage aux caractéristiques personnelles des mandataires politiques, plutôt qu’aux logiques collectives (partisanes et idéologiques). Cette tendance se marque notamment par des campagnes politiques de plus en plus centrées sur les candidat.e.s grâce à des outils personnalisés sur les réseaux sociaux. La personnalisation de la vie politique est toutefois de nature à menacer le fonctionnement du politique et de la société : fragmentation croissante du paysage politique, plus forte instabilité gouvernementale, incapacité de nos régimes politiques à articuler les intérêts collectifs avec les intérêts individuels, ou même dérive autoritaire (en particulier dans les nouvelles démocraties). En réaction au mécontentement croissant à l'égard des régimes représentatifs, des innovations démocratiques ont vu le jour : consultations citoyennes contraignantes, assemblées consultatives tirées au sort, commissions parlementaires mixtes, etc. Le pôle de recherche « politique et société » étudie la manière dont ces innovations démocratiques reconnectent les citoyen.ne.s et la politique, et tentent de remédier aux insuffisances du régime représentatif actuel.

Transitions philosophiques au 21ème siècle

Le concept de transition renvoie à la nécessité de changer de modèle de développement. Conformément au républicanisme, il rompt avec la réduction libérale du politique à la seule gestion de la croissance et du partage des ressources. Il impose de s’interroger sur ce qui est constitutif de la prospérité collective et sur l’identification des ressources jugées nécessaires à la réalisation des personnes. De plus, l’originalité du concept de transition est d’insister sur le moment de mutation en tant que tel. Conformément à une perspective critique, le changement social n’est pas conçu en partant d’un modèle de société idéale, mais comme un processus de transformation du modèle actuel en un autre encore assez largement indéfini parce que se construisant au cours même de la transition.

Cette recherche est appelée à se développer en trois axes :

  1. une articulation des critiques sociale, culturelle et écologique de notre modèle de développement afin de justifier la nécessité d’une transition ;
  2. une réflexion sur les conditions politiques d’une transition, en particulier les rôles respectifs des citoyen.ne.s et des États dans un tel processus, alors que l’imbrication des espaces publics, des économies et des autorités politiques ne permet plus de penser l’autonomie politique dans le seul cadre du rapport entre les citoyen.ne.s et l’État ;
  3. un examen de politiques publiques susceptibles de constituer des leviers de transition.

Projets de recherche en cours